Marie-Angélique Arnauld
De son nom civil Marie-Jacqueline Arnauld, elle est née le 8 septembre 1591 et décède le 6 août 1661 à l’âge de soixante-dix ans.
Troisième enfant et deuxième fille de l'avocat Antoine Arnauld et de Catherine Marion, Jacqueline reçoit une excellente éducation mais peu d’affection de la part de ses parents. C’est son grand-père, l’avocat général Simon Marion, qui scelle son destin : il décide que Jacqueline sera religieuse. Cette dernière accepte à condition d’être abbesse. Simon Marion obtient du roi Henri IV une place de coadjutrice de l’abbesse Jeanne de Boulehart à l’abbaye de Port-Royal. Le 23 juin 1599, Jacqueline prend officiellement l'habit et devient novice cistercienne à l’abbaye de Saint-Antoine-des-Champs. Elle est ensuite emmenée à l’abbaye de Saint-Cyr avec sa sœur Jeanne. Pour finir son noviciat, elle est transférée le 26 juin 1600 à l'abbaye de Maubuisson. À sa confirmation, le 29 septembre de la même année, elle prend le nom d'Angélique. La fillette n’est pas attirée par la vie religieuse et passe son temps à des activités profanes. Elle fait néanmoins profession sous le nom d’Angélique-Marie de Sainte-Madeleine Arnauld le 29 octobre 1600.
Le 16 juillet 1602, après le décès de Jeanne de Boulehart, Jacqueline-Angélique est élue abbesse de Port-Royal. Pour obtenir du pape les bulles nécessaires pour devenir abbesse, son père triche sur son âge : alors qu’elle n’a que onze ans, il lui en donne dix-sept. Dans son récit autobiographique de 1655, Angélique Arnauld indique que le monastère est en « très mauvais état » tant au temporel qu’au spirituel. Ses parents s’inquiètent pour elle et demandent au général de l’ordre de Cîteaux l’autorisation de placer auprès d’elle une religieuse d’une autre maison, Madame de Jumeauville. Pendant ces années d’adolescence, Angélique Arnauld éprouve une certaine répulsion pour l’état religieux. La communauté est en fait dirigée par la prieure claustrale. La jeune Mère Angélique s’interroge de plus en plus sur une vocation, qu’elle considère comme forcée, jusqu’à s’en rendre malade. A seize ans, son père lui fait signer par surprise un formulaire où elle réitère ses vœux.
Le 25 mars 1608, un capucin se présente à l’abbaye. Malgré l’irrégularité du religieux, le sermon qu’il prêche alors est l'occasion de la conversion de la mère Angélique. Elle décide de changer son mode de vie et de réaliser une réforme dans son monastère. Elle commence par elle-même, décidée à suivre les règles de son ordre. En 1609, elle met en place la communauté des biens et la clôture après avoir convaincu ses religieuses. Puis c’est au tour de la réhabilitation du silence, de l’office de nuit et de l’abstinence. Angélique Arnauld met en application immédiate ses évolutions : le 15 septembre 1609, elle refuse d'ouvrir la porte de l’abbaye à son père et à sa famille venus la visiter car ils auraient alors violé la clôture. Cette confrontation entre la famille Arnauld et la jeune abbesse est connue sous l'appellation de « Journée du Guichet »[1].
À la fin de l’année, elle fait nommer un nouveau directeur spirituel, le cistercien Claude de Kersaillou, qui engage la communauté à respecter les règles cisterciennes. En 1614, Port-Royal se dote d’un nouveau directeur, le père jésuite Jean Suffren, qui devient le directeur spirituel de l’abbesse pendant douze ans. Après la réforme de Port-Royal, Mère Angélique entreprend de 1618 à 1623 celle de l'abbaye de Maubuisson, dont l’abbesse Angélique d’Estrées scandalise l’opinion. Cette réforme ne va pas sans heurts avec une forte résistance de l’abbesse en titre et d’une partie des religieuses. Elle confie Port-Royal à la prieure Catherine Dupont, et à sa sœur Jeanne, en religion mère Agnès de Saint-Paul, qui devient en 1620 sa coadjutrice.
À Maubuisson, Mère Angélique fait la connaissance de saint François de Sales et se place sous sa direction. Elle correspond aussi avec Jeanne de Chantal. Elle pense un temps devenir visitandine mais le saint évêque la détourne de ce projet. En 1623, Angélique Arnauld rentre à Port-Royal avec une trentaine de novices et professes de Maubuisson. Le monastère compte alors quatre-vingt religieuses. Angélique Arnauld instaure un climat de régularité et de prière à Port-Royal qui séduit le public mondain et attire les vocations religieuses. Angélique Arnauld suscite de nombreuses vocations religieuses parmi les femmes de sa famille en accueillant à Port-Royal ses cinq sœurs et un grand nombre de ses nièces de la famille d’Andilly, ses cousines germaines de la famille Marion de Druy, ainsi que sa mère, Catherine de Sainte Félicité, devenue veuve en 1619[2]. C’est à cette époque que la mère Angélique fait pour la première fois la connaissance de Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran.
Cependant, le climat de Port-Royal des Champs est plutôt malsain car le site est marécageux et de nombreuses religieuses meurent du paludisme. En 1624, la mère Angélique achète un hôtel dans le faubourg Saint-Jacques, à Paris. Elle quitte donc Port-Royal le 28 mai 1625 avec quinze religieuses, pour s’installer à Paris. Les autres religieuses les rejoignent en 1626. Malgré ce déménagement, la communauté conserve l’ancienne abbaye : désormais, on parle de Port-Royal des Champs et de Port-Royal de Paris pour distinguer les deux monastères. Le 17 juin 1627, la mère Angélique fait passer l’abbaye sous la juridiction de l’archevêque de Paris car la réforme est plutôt mal accueillie par le nouvel abbé de Cîteaux, Pierre Nivelle.
L'abbesse fait alors la connaissance de Sébastien Zamet, évêque de Langres, qui avait réformé l'abbaye de Tart, près de Dijon, et pensait à la fondation d'un ordre en l'honneur du Saint-Sacrement. Il propose une fusion des deux monastères. Dans un premier temps la mère Angélique approuve le projet en 1629. En 1630, Angélique Arnauld demande à ce que la charge d’abbesse de l’abbaye de Port-Royal ne soit plus perpétuelle mais élective et triennale, ce qui lui est accordé par le roi. Elle se démet donc de sa charge. Mais, lors de l’érection du nouveau monastère, elle ne voit pas d’un bon œil le goût du luxe de l’évêque qui, souhaitant attirer des filles de condition, mitige la règle. La mère Angélique considère cela comme une régression par rapport à la réforme. Malgré tout, elle est nommée supérieure du nouvel Institut du Saint-Sacrement en 1633. Le projet est finalement abandonné en 1635.
Alors qu’en 1636 la mère Agnès Arnauld est élue abbesse, la mère Angélique est nommée maitresse des novices. Elle est ensuite réélue abbesse en 1642 et le sera sans interruption jusqu’en 1654. En 1647, l’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement est officiellement instituée au monastère de Port-Royal de Paris, le scapulaire changé. A partir de 1647, Angélique Arnauld et la communauté des moniales se rapatrient aux Champs, qui ont été considérablement assainis grâce aux travaux entrepris par les « Solitaires », des hommes pieux qui s’étaient installés dans les locaux déserts de l’abbaye des Champs pour mener une vie de retraite. En 1652, le sol de l’église est rehaussé pour la rendre moins humide. En 1670, le dortoir est construit en même temps que le cloître en briques. Le bâtiment des hôtes et les hôtels particuliers des bienfaitrices sont établis. La décoration intérieure est complètement transformée[3].
Saint-Cyran, relativement proche de la famille Arnauld, accepte en mars 1635 de confesser les moniales. Angélique Arnauld, ainsi que sa sœur Agnès, lui font une totale confiance et s’ouvrent à lui. Il devient rapidement le directeur de conscience de l'abbaye. Mais il est considéré par les pouvoirs laïcs et ecclésiastiques comme inquiétant. Le cardinal de Richelieu le fait arrêter le 16 mai 1638 puis jeter en prison à Vincennes.
Saint-Cyran est libéré en 1643 puis meurt le 11 octobre de la même année. C’est alors Antoine Arnauld, frère de l’abbesse, séduit par ses doctrines, qui entreprend de le défendre. Angélique Arnauld soutient son frère pendant que la bataille janséniste fait rage. Angélique Arnauld doit aussi affronter les troubles de la Fronde. Elle est de plus en plus épuisée. Affaiblie, elle s'inquiète pour ses religieuses en raison de la signature du Formulaire demandée dans sa bulle Cum Occasione par Innocent X en 1653 et reprise en 1656 par Alexandre VII dans sa bulle Ad Sacram pour condamner cinq des propositions tirées de l'Augustinus de Cornelius Jansen, ami de Saint-Cyran.
En 1661, la mère Angélique quitte l’abbaye des Champs pour rentrer au monastère parisien. A l’occasion du Formulaire, des prières publiques et particulières sont instituées. Les religieuses font une neuvaine de procession de pénitents à Port-Royal de Paris. La mère Angélique porte la croix. Elle se trouve mal en entrant dans le chœur. C’est le début de sa maladie[4]. Parce qu'elle est trop malade, Angélique Arnauld n’a pas à signer le Formulaire.Elle meurt le 6 août 1661. Son corps est enterré sous les dalles du chœur du monastère parisien et son cœur ramené aux Champs.
[1]- Marie REYNES-MONLAUR, Angélique Arnauld, Plon, 1902, 2ème édition, p. 72.
[2]- Sa mère : Catherine de Sainte Félicité (1641).
Ses sœurs : Catherine-Agnès de Saint-Paul Arnauld (1611), Marie de Sainte-Claire (1616), Anne-Eugénie de l’Incarnation (1616), Madeleine de Sainte-Christine (1623) et Catherine de Saint-Jean Le Maistre.
Ses nièces : Angélique de Saint-Jean Arnauld d’Andilly, Catherine de Sainte-Agnès, Marie-Angélique de Sainte-Thérèse Arnauld d’Andilly, Marie-Charlotte de Saint-Clair Arnauld d’Andilly, Anne-Marie de Sainte-Eugénie Arnauld d’Andilly.
[3]- Augustin GAZIER et André HALLAYS, « Notes historiques et iconographiques », dans Augustin GAZIER, Port-Royal au XVIIe siècle. Images et portraits, avec des notes historiques et iconographiques, Paris, Hachette, 1906.
[4]- Victor COUSIN, Jacqueline Pascal : premières études sur les femmes illustres et la société du XVIIe siècle, Didier et Cie, 1878, 9ème édition, p.317.
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