Focus sur … la réforme tridentine
L’Eglise catholique a constaté au XVIe siècle que de nombreux religieux réguliers avaient été tentés par la Réforme protestante jusqu’à défroquer et apostasier. Elle prend acte et s’acharne donc après le concile de Trente sur la réforme et l’encadrement des ordres religieux.
Les premiers mouvements de réforme monastiques au XVIe siècle
Au début du XVIe siècle, plusieurs mouvements de réforme sont entamés à l’initiative de quelques grandes figures. Dès 1457, l’abbesse de Fontevraud Marie de Bretagne réforme son ordre et rédige une nouvelle règle. En 1491, la première abbesse de Fontevraud issue de la lignée des Bourbon, Renée de Bourbon, étend et applique la réforme aux prieurés. Il est d’ailleurs commun au XVIe siècle de réformer une abbaye ou un prieuré en lui imposant la règle, le costume et le bréviaire de Fontevraud.
Un deuxième mouvement de réforme féminine prend son essor au début du XVIe siècle : les abbayes féminines se rattachant à la congrégation de Chezal-Benoît. En 1497, le monastère de bénédictines de Charenton adopte les statuts de la congrégation de Chezal-Benoît sous l’impulsion de l’abbesse Marie de Rochechouart-Mortemart. Ce monastère réforme celui de Saint-Laurent de Bourges en 1503. Puis d’autres monastères de bénédictines s’agrègent : Saint-Menoux, Saint-Pierre d’Yzeure, Notre-Dame de Nevers et Saint Pierre de Lyon[1].
La réforme tridentine des monastères
Ces premières réformes se heurte à l’essor du protestantisme. Or, les monastères constituent l’Eglise savante ; ils doivent fournir les troupes pour le combattre. Les ordres anciens doivent être réformés lors de l’ère tridentine. Ils constituent un des fleurons majeurs de la Réforme catholique, soulignant leur caractère adaptable et leur grande disponibilité pour répondre aux exigences du temps, sans renier les fondements du monachisme. L’Eglise s’appuie fréquemment sur les évêques pour susciter, favoriser ou imposer la réforme dans les couvents tant masculins que féminins[2]. L’effort demandé aux communautés de bénédictines et de cisterciennes porte essentiellement sur la pauvreté individuelle, la clôture stricte et le respect de la Règle. Tout cela est contrôlé lors de visites régulières des monastères par les supérieurs. Sur ordre du concile de Trente, les communautés féminines installées en campagne sont transférées le plus possible en ville[3].
Le Chapitre général de Cîteaux de 1601, surnommé le « Grand Chapitre », élabore une série de statuts propres à réformer les couvents de l’ordre. Cinq Pères confesseurs représentent les couvents féminins du Trésor, de Cologne, de Tart, de Molaise et de Lieu-Dieu. Le chapitre XXX est consacré aux moniales. Il regroupe quarante-trois articles sur tous les aspects de la vie interne. La langue vernaculaire est établie pour la lecture et l’habit doit être traditionnel. Le chapitre général de 1605 rajoute quelques articles[4].
Une génération d’abbesses réformatrices
Dans les années 1620, les plus grandes et prestigieuses abbayes de France sont réformées et les supérieures sont désireuses de se rattacher à ce mouvement de réforme :
- Angélique Arnauld à l’abbaye de Port-Royal,
- Claire Neau à l’abbaye d’Etival-en-Charnie,
- Marie-Catherine de Beauvilliers de Saint-Aignan à l’abbaye de Montmartre,
- Marguerite de Veny d’Arbouze à l’abbaye du Val-de-Grâce,
- Louise de L'Hospital de Vitry à l’abbaye de Montivilliers,
- Anne de Harlay à l’abbaye Notre-Dame de la Pommeraye,
- Jeanne de Verthamont de Lavaud à l’abbaye Notre-Dame de la Règle,
- Françoise de Foix à l’abbaye Notre-Dame de Saintes,
- Marie-Catherine de Montluc à l’abbaye d’Origny,
- Renée de Lorraine à l’abbaye Saint-Pierre de Reims,
- Judith de Pons à l’abbaye Saint-Sauveur d’Evreux,
- Laurence de Budos de Portes à l’abbaye aux Dames de Caen,
- Jeanne Guischard à l’abbaye de la Trinité de Poitiers,
- Marguerite d'Angennes à l’abbaye de Saint-Sulpice de Rennes,
- Madeleine de Monchy à l’abbaye Sainte-Austreberthe de Pavilly,
- Claude de Choiseul-Praslin à l’abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes.
C’est toute une génération d’abbesses novatrices et volontaires qui poussent vers l’avant la vie monastique féminine française. Mais l’excès de centralisation et la volonté poussée trop loin d’unification des observances peuvent conduire à des crises et des échecs. L’autorité de l’évêque ou de l’abbesse peut être remise en cause par la mauvaise volonté des nonnes[5].
Les grands principes de la réforme
Le programme de la réforme est assez similaire dans tous les couvents. Un espace doit être réservé à la retraite et au silence avec l’instauration de la vie commune. Prier, manger et dormir en commun, avoir une bourse commune rétablit la pauvreté. Le maintien ou la restauration de l’office de nuit, une nourriture frugale et le respect du jeûne mettent en place la conversion des mœurs voulue. Les réformatrices bénédictines et cisterciennes s’attachent principalement à une remise en valeur progressive du vœu de pauvreté, au rétablissement de la clôture, au port d’un habit régulier avec l’introduction de nouveaux offices et de méthodes d’oraisons efficaces.
[1]- Guy-Marie OURY, « Les Bénédictins réformés de Chezal-Benoît », dans Revue d’histoire de l’Eglise de France, Année 1979, volume 65, numéro 174, p. 89-106.
[2]- Gérard MICHAUX, « Les nouveaux réseaux monastiques à l’époque moderne », dans Naissance et fonctionnement des réseaux monastiques et canoniaux, Actes du Premier Colloque international du CERCOM, Saint-Etienne, 16-18 septembre 1985, Travaux et Recherche, Publications Université Jean Monnet, Saint-Etienne, 1991, p. 603 et p. 615.
[3]- Armelle BONIS, Sylvie DECHAVANNE et Monique WABONT,« Introduction », dans Bernadette BARRIERE et Marie-Elisabeth HENNEAU dir. (et la collaboration d’Armelle BONIS, Sylvie DECHAVANNE et Monique WABONT), Cîteaux et les femmes, actes d'un colloque organisé en novembre 1998 par le service départemental d'archéologie du Val-d'oise et la Fondation Royaumont, Paris, Créaphis, 2001 (coll. Rencontres à Royaumont), p. 14.
[4]- Jean DE LA CROIX BOUTON, Les moniales cisterciennes. T. 2, histoire externe du XVIe siècle à nos jours, Commission pour l'histoire de l'ordre de Cîteaux, Abbaye d'Aiguebelle, Grignan, 1987, p. 73-74.
[5]- Claire DOLAN, « Culture de guerre et violence au couvent : le transfert du monastère de La Celle (1658-1660) », dans Revue d'Histoire de l’Église de France, éd. Société d'Histoire religieuse de la France, vol no 96, 2010.