Que sont les bénédictines et les cisterciennes à l’époque moderne ? Au sein du monde monastique, les bénédictines et les cisterciennes sont parmi les plus anciennes et plus prestigieuses des formes de vie religieuse féminine.
Un bref historique
À l’aube du XVIe siècle, les bénédictines sont des moniales contemplatives ayant déjà plus de dix siècles d’existence. Les origines du monachisme féminin bénédictin remontent au VIe siècle et sont traditionnellement attribuées à sainte Scholastique, la sœur de Saint Benoît de Nursie (480-547). Sainte Scholastique rassemble autour d’elle des femmes pieuses et met en place un monastère en s’appuyant directement sur la règle de vie de son frère. Dans l’espace franc, les fondations féminines se placent directement sous la règle de saint Benoît ou l’adoptent si elles étaient préalablement placées sous d’autres règles, notamment celles de saint Césaire et de saint Colomban. La règle de saint Benoît est signalée en Gaule dès 625. Cette règle se généralise à partir du IXe siècle. Sous la direction de l’empereur Louis le Pieux et de l’abbé Benoît d’Aniane, le synode d’Aix-la-Chapelle de 817 l’impose à tous les monastères d’hommes et de femmes de l’Empire occidental.
Vers 1098, saint Robert, à la tête de quelques moines de l’abbaye de Molesme, décide de fonder l’abbaye de Cîteaux. Saint Robert conçoit cette fondation comme un retour à la véritable règle de saint Benoît, donc comme une réforme. L’ordre de Cîteaux nait alors. Humbeline, la sœur de saint Bernard de Clairvaux, grande figure de l’ordre cistercien, est bientôt convertie à la dévotion par son frère. Elle se fait alors religieuse. Elle est considérée comme la fondatrice des moniales cisterciennes. Vers 1132, l’abbaye de Tart est fondée ; il s’agit de la première abbaye féminine véritablement cistercienne de par ses observances et de par son obédience directe à l’abbé de Cîteaux[1].
Bénédictines et cisterciennes essaiment rapidement dans toute l’Europe. Elles sont touchées aux XIIIe et XIVe siècles par les mêmes fléaux que le reste de la population, à savoir les pestes et maladies, les guerres, les crises de subsistances. Dans la deuxième moitié du XVe siècle, un mouvement de réforme s’amorce, notamment à partir de l’abbaye de Fontevraud.
Un mode de vie cloitré et contemplatif
Les bénédictines et les cisterciennes sont des religieuses cloîtrées, c’est-à-dire qu’elles vivent à l’intérieur d’une clôture dont elles n’ont pas le droit de sortir et où toute personne étrangère au couvent n’a pas le droit d’entrer. Bénédictines et cisterciennes sont cénobites et contemplatives. Elles vivent en communauté et n’assurent pas de missions apostoliques en dehors de leur monastère.
À l’intérieur de la communauté, on distingue les novices, aspirantes à la vie religieuse, et les professes, religieuses ayant fait les trois vœux de religion. Il s’agit des vœux de pauvreté, d’obéissance et de chasteté. Il existe des moniales de chœur, spécialisées dans l’office divin, et des moniales converses, s’occupant des tâches manuelles de la communauté. Le monastère est dirigé par une supérieure, qui est l’abbesse ou la prieure. Les autres religieuses sont de simples moniales dont certaines sont chargées par la supérieure d’un office, c’est-à-dire d’un emploi particulier.
Les communautés de bénédictines et de cisterciennes sont soumises à l’autorité directe de l’évêque diocésain ou d’un abbé de leur ordre[2]. Les congrégations issues de la période tridentine possèdent une Supérieure Générale, chargée de veiller sur l’ensemble des couvents d’une même congrégation. Comme toutes les religieuses françaises, elles sont aussi soumises aux pouvoirs du roi de France et du pape.
[1]- Sur les débuts des religieuses cisterciennes : Alexis GRELOIS, « L’ordre cistercien et ses religieuses des origines au début du XIVe siècle : principes généraux et diversité des statuts », dans Liens cisterciens, Association pour le Rayonnement de la Culture Cistercienne, n°18, 2010 :
http://www.arccis.org/downloads/histoiredesreligieusescisterciennes.pdf.
[2]- Le canon IX du Décret De regularibus et monialibus soumet les monastères féminins aux évêques quand les monastères dépendent du pape. Les monastères dépendant d’un ordre masculin restent sous cette dépendance. Si l’ordre masculin est déficient, l’évêque reprend la direction du monastère.