Focus sur … l’habit monastique
La principale caractéristique visuelle de la représentation iconographique des bénédictines et des cisterciennes est l’habit[1]. La religieuse est forcément revêtue d’une tenue particulière, propre à son état et à son ordre. « Prendre l’habit » ou « prendre le voile » signifie devenir religieuse.
L’habit religieux, un marqueur social fort
La société de l’époque moderne ne conçoit pas une religieuse sans un habit de religion. L’habit religieux est donc un marqueur social fort car il permet immédiatement de voir et savoir qu’une femme fait partie du clergé régulier. Voile et habit confirment la consécration à Dieu d’une femme mais aussi tout ce qui en découle, à savoir son incapacité civile, son impossibilité de se marier et de procréer, sa mort au monde, son mode de vie, son lien privilégié au divin.
Le voile est plus particulièrement la pièce d’habillement qui distingue une religieuse d’une laïque. Le voile blanc, ou voile de réception, se donne à la novice lors de sa vêture. Le voile noir se donne à la professe lors de la profession religieuse. Le voile des bénédictines et des cisterciennes couvre entièrement la tête et les épaules de la religieuse. Il peut être baissé sur les yeux, ou ramené entièrement sur le visage. L’absence de voile, le port d’un voile transparent ou ajusté est contraire au vœu de chasteté car cela attirerait le regard des hommes[2]. Le recours au voile est conçu comme nécessaire pour soustraire les épouses du Christ au regard d’autrui et à l’empire des sens que provoque la vue. Le voile marque la modestie de la religieuse et signale aussi son état de sujétion et de soumission à Dieu. Le voile est donc indissociable de l’état religieux, mais il est réservé aux femmes, donc aux religieuses. C’est par conséquent un marqueur sexué. Le voile rend public la sainteté de la religieuse, c’est un signe extérieur de consécration à Dieu, un honneur distinctif.
Des tenues spécifiques selon les ordres et les congrégations
Chaque ordre religieux, chaque congrégation possède une tenue qui lui est propre. Cette tenue est censée être uniforme au sein de l’ordre, l’identification est donc facile et rapide pour le spectateur de l’œuvre. De plus, aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, la forme, la couleur, l’étoffe de l’habit constituent autant de points permettant de juger de la conformité de la religieuse représentée avec son ordre. Les religieuses réformées n’ont pas la même tenue que celles qui ne sont pas réformées.
Sainte Scholastique et les fondatrices religieuses médiévales sont parfois représentées avec des habits « archaïques », du moins jugés comme tels à l’époque moderne. Ces tentatives cherchent à reproduire des vêtements à l’antique, avec des drapés, des manteaux longs, des superpositions de robes ou de surplis. À l’inverse, certaines représentations montrent ces mêmes religieuses avec des habits dignes des bénédictines réformées du XVIIe siècle.
Quant aux religieuses de l’époque moderne, elles sont habillées avec des vêtements à la forme et à la couleur codifiées. La bénédictine porte une robe noire à larges manches, une tunique sous la robe, un scapulaire noir, une guimpe blanche, un bandeau blanc et un voile noir. Au chœur, la religieuse bénédictine porte la coule monastique noire mais sans capuchon. Le premier texte sur l’habit des cisterciennes date de 1235. L’Ordre de Cîteaux impose à ce moment-là l’habit cistercien. La cistercienne porte une robe grège, un scapulaire noir, une ceinture de tissu noir, une guimpe blanche, un bandeau blanc et un voile noir. Au chœur, la religieuse cistercienne porte la coule monastique blanche.
[1]- Sur l’habit religieux : A. VAN BIERVLIET, « L’habit religieux », dans La Vie spirituelle, ascétique et mystique, Supplément no 13, Paris, 1960, p. 206-216.
[2]- Philibert COLLET, Du Voile des religieuses et de l'usage qu'on en doit faire selon l'Ecriture, les Conciles et les Saints Pères, chez Laurent Aubin, Lyon, 1678.