Focus sur … le Saint-Sacrement
Le Saint-Sacrement est présenté dans un ostensoir, objet liturgique qui offre à l'adoration des fidèles une hostie consacrée. Monté sur un pied, il consiste le plus souvent en une custode de verre entourée de rayons qui lui donnent l'apparence du soleil. Un espace circulaire, la lunule, est aménagé au centre afin de recevoir l'hostie consacrée.
Le culte eucharistique mis à l’honneur
L’origine de l’ostensoir remonte au XIIIe siècle lors de l'instauration de la Fête-Dieu, en 1264, au cours de laquelle il est traditionnellement porté en procession solennelle. La tradition veut que lorsque le Saint-Sacrement est exposé, les fidèles s'agenouillent, en marque de respect devant celui qu'ils considèrent comme étant Dieu.
Le sacrement de l’Eucharistie fait l’objet d’un décret au Concile de Trente, en 1547. Face aux protestants, les pères conciliaires sont soucieux de défendre la présence réelle du Christ dans le pain et le vin et de spécifier comment cette présence est assurée. Pour les catholiques, le Christ est présent tout entier dans le pain et tout entier dans le vin. Pour expliquer les modalités de la transformation au cours de la consécration, le concile utilise le mot de transsubstantiation, c’est-à-dire le passage d'une substance à une autre. Après la transsubstantiation, le Christ est objectivement et réellement présent et sa présence demeure en dehors de la consécration.
Après le concile de Trente, le culte eucharistique reçoit un nouvel élan et devient un marqueur de la sensibilité catholique. Il se concrétise notamment via les « prières des Quarante-Heures », consistant en une adoration en continu du Saint-Sacrement durant quarante heures par plusieurs groupes de fidèles[1].
L’appropriation du Saint-Sacrement par les moniales
Ce sont les cisterciennes qui ont eu la première initiative de la création d’un Institut du Saint-Sacrement regroupant les moniales de l’abbaye de Port-Royal et celles de l’abbaye de Tart. Mais les divergences de vues ont raison de l’Institut et le mènent à l’échec. Port-Royal se contente d’une consécration de l’abbaye au Saint-Sacrement avec port du célèbre scapulaire à la croix rouge et adoration régulière. Cependant, l’idée de l’Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement demeure présente dans les esprits religieux et laïcs. C’est à Catherine de Bar, en religion Mechtilde du Saint-Sacrement, que revient l’honneur d’avoir fondé une véritable congrégation vouée à cette œuvre.
Les religieuses bénédictines de l’Adoration Perpétuelle du Saint-Sacrement de l’Autel sont « des Victimes réparatrices, qui ont consacré leur vie à la douleur et aux gémissements. L’objet de leur tristesse est l’outrage que le péché fait à Dieu et la perte d’une infinité de pécheurs, qui meurent sans pénitence. ». Une religieuse est chargée chaque jour de rappeler à la communauté ce devoir d’expiation[2]. La création de la nouvelle congrégation ne peut se comprendre qu’en prenant en compte le contexte religieux du XVIIe siècle. Les « outrages » faits au Saint-Sacrement, c’est-à-dire à l’hostie et à l’eucharistie, sont essentiellement protestants. Refusant la transsubstantiation, les protestants ne voient dans l’eucharistie qu’une commémoration de la Cène, ou au mieux une présence spirituelle du Christ dans l’hostie. Le fait d’affirmer que Jésus-Christ n’est pas l’hostie consacrée constitue le crime de Lèse-Majesté divine que les bénédictines de la nouvelle congrégation entendent expier par leurs prières, en lieu et place des pécheurs.
[1]- Bernard DOMPNIER, « Un aspect de la dévotion eucharistique dans la France du XVIIe siècle : les prières des Quarante-Heures », Revue d’histoire de l’Eglise de France, 1981, Vol. 67, no 178, p. 5-31.
[2]- Dom Yves CHAUSSY, o.s.b, Les Bénédictines et la Réforme catholique, en France au XVIIe siècle. Documents et textes spirituels, Paris, édition de la Source, 1975, 2 vol, p. 375.