Jeanne-Catherine-Agnès Arnauld dite la Mère Agnès de Saint-Paul
Née le 31 décembre 1593, elle est la troisième fille de l’avocat Antoine Arnauld et de Catherine Marion. Tout comme sa sœur la mère Angélique, elle est vouée au couvent dès son jeune âge. Son grand-père Simon Marion lui obtient la place d’abbesse de l’abbaye bénédictine de Saint-Cyr. Elle intègre donc sa charge et son abbaye en 1599. Mais elle est attirée par le mouvement de réforme de Port-Royal initié par la mère Angélique. Elle quitte son abbaye d’origine en 1610 et entre dans l’abbaye de sa sœur. Elle prend l’habit cistercien en 1611 puis prononce ses vœux le 1ermai 1612.Elle obtient les charges de maitresse des novices, de sacristine et de sous-prieure.Elle est nommée coadjutrice de sa sœur en 1620. En 1627, Agnès Arnauld fait un court séjour à l’abbaye de Maubuisson pour aider à l’établissement de la Mère Marie des Anges Suireau à l’abbatiat.
En 1630, Agnès Arnauld est envoyée à l’abbaye du Tart. Elle y est élue abbesse le 14 avril 1632. C’est durant cette période qu’elle rédige un petit traité qui fait polémique en son temps : le Chapelet Secret du Très-Saint Sacrement ou Elévation à Jesus-Christ nostre Seigneur au Tres-Sainct Sacrement. Cette tendance spirituelle est jugée déviante par les autorités ecclésiastiques : le 18 juin 1633, le Chapelet Secret est condamné par la Sorbonne et, le 26 avril de l'année suivante, le Pape Urbain VIII ordonne sa destruction.
La Mère Agnès Arnauld revient ensuite à l’abbaye de Port-Royal en 1636. Puis, comme l’abbatiat est devenu électif, elle assume cette fonction deux fois de 1636 à 1642 puis de 1658 à 1661. D’abord réticente devant les doctrines de Jean de Hauranne, elle se convertit néanmoins au jansénisme pendant la captivité de ce dernier et en devient une fervente défenseure. Elle se place ainsi, tout comme sa sœur, sous sa direction[1].
De 1642 à 1658, elle est nommée à nouveau maitresse des novices. La Mère Agnès analyse ce que doivent être selon elle les principales vertus d’une religieuse contemplative, ce qui se concrétise par les leçons qu’elle donne au noviciat et qui sont collectées dans L’image d’une religieuse parfaite et d’une imparfaite, avec les occupations intérieures pour toute la journée[2].
C’est durant son second abbatiat que se situe la période la plus dure de la répression contre le jansénisme. Elle a notamment organisé le mouvement de refus de signature du Formulaire d'Alexandre VII et a été, pour cela, confrontée à l'archevêque de Paris Hardouin de Péréfixe. Dans cette optique, elle rédige un Avis sur la conduite que les religieuses devaient garder au cas qu'il arrivât du changement dans le gouvernement de sa maison, qu’elle juge nécessaire au vu des circonstances. La Mère Agnès met en place un code moral de résistance face à ce qu’elle considère comme un abus de pouvoir de la part des autorités civiles et ecclésiastiques. En effet, des visitandines sont envoyées diriger Port-Royal tandis que la mère Agnès, ainsi que plusieurs de ses religieuses, sont exilées dans des couvents lointains.Elle tente de défendre la cause de son abbaye auprès du roi en lui envoyant deux lettres en mai 1661[3].La « Paix de l’Eglise » de 1669 rétablit pour un temps le calme et la sérénité à Port-Royal.La Mère Agnès de Saint-Paul Arnauld meurt le 19 février 1671 à Port-Royal des Champs.
Elle est également la rédactrice de la version définitive des Constitutions de Port-Royal[4] sur lesquelles la mère Angélique, la mère Agnès, leur frère Antoine Arnauld et l’abbé de Saint-Cyran ont travaillé. Ce texte règlementant la vie matérielle et spirituelle des religieuses dans un esprit de renouvellement cistercien est publié en 1665[5].
[1]- Jean CARREYRE dans Dictionnaire de Spiritualité, d’Ascétique et de Mystique, Paris, Beauchesne, 1937-1995, Tome 1, article « Agnès Arnauld », colonnes 876-879.
[2]- Jeanne-Catherine-Agnès ARNAULD, en religion Agnès de Saint-Paul, L’image d’une religieuse parfaite et d’une imparfaite, avec les occupations intérieures pour toute la journée, chez Guillaume Desprez, Paris, 1693. [Dont Manuel des âmes religieuses ou abrégé des règles qu’elles doivent observer dans leur conduite]
[3]- Jeanne-Catherine-Agnès de Saint-Paul ARNAULD, Lettre de la R. Mère Agnes Abbesse de Port Royal, au Roy. (au sujet d'une prise d'habit), 1661.
Jeanne-Catherine-Agnès de Saint-Paul ARNAULD, Lettre escrite au Roy par la R. M. Agnes, Abbesse de Port-Royal. (au sujet des pensionnaires et des novices). De Port-Royal 6 may 1661, sl, 1661.
[4]- Jeanne-Catherine-Agnès ARNAULD, en religion Agnès de Saint-Paul et Jacqueline PASCAL, en religion Jacqueline de Sainte-Euphémie, Les constitutions du monastère de Port-Royal du S. Sacrement [par Agnès Arnauld, Jacqueline Pascal et sœur Gertrude de Port-Royal, publié par S.-J. Du Cambout de Pontchâteau], chez Gaspard Migeot, Mons, 1665.
[5]- John J. CONLEY, Article « Agnès Arnauld », TheInternet Encyclopédia of Philosophy. URL :
http://www.iep.utm.edu/arnauld/
John J. CONLEY, Adoration and Annihilation: The Convent Philosophy of Port-Royal, Notre Dame, IN: University of Notre Dame Pres, 2009, p. 113-174.
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