Louise de Ballon et Louise de Ponsonas
Louise de Ballon nait le 5 juin 1591, d’une famille de la nouvelle noblesse de Savoie. En 1598, Louise de Ballon entre au noviciat de l’abbaye cistercienne de Sainte-Catherine du Semnoz à l’âge de sept ans. Cette abbaye est dirigée par une de ses cousines. Elle fait profession à seize ans le 4 mars 1607 au château paternel. En 1617, saint François de Sales, son cousin, lui fait faire une retraite spirituelle qui la bouleverse. Puis, c’est la moquerie d’une religieuse, anciennement mondaine mais convertie à la réforme, qui blesse Louise de Ballon : elle l’assimile à un arbre sec et stérile au milieu d’un verger.
Dès lors, Louise de Ballon veut vivre en religieuse réformée. Quatre compagnes la suivent, sa sœur Gasparde, sa cousine Bernarde de Vignod, Emmanuelle de Monthoux et Péronne de Rochette. Elles reprennent le costume cistercien, font l’oraison et le silence. L’abbesse approuve leur conduite mais pas les autres religieuses. La réforme de la communauté entière, tentée de 1607 à 1622 par l’abbé de Cîteaux Dom Nicolas Boucherat, s’avère impossible. En 1622, avec l’appui de François de Sales et de l’abbé de Cîteaux, les réformées se rassemblent à Rumilly. François de Sales entérine l’élection de Louise de Ballon comme supérieure et leur donne le nom de « Filles de la Divine Providence ».
De son côté, Louise de Ponsonas naît le 22 septembre 1602. Son père est Georges de Borel seigneur de Ponsonas. Sa mère est Louise Alleman de Pâquier. À sept ans, Louise entre à l’abbaye cistercienne des Ayes. La clôture n’y est pas respectée et la vie plutôt mondaine. Elle souhaite entrer chez les clarisses mais en est empêchée par ses parents. Elle rassemble quelques religieuses dont Claude de Buissonrond et Louise de Pâquier et adopte la vie régulière. Toutes partagent la même ardeur pour la réforme proposée par François de Sales, venu prêcher le carême en 1617 et 1618. Dès lors, elles sont soumises à l’hostilité de leurs compagnes qui résistent à leur volonté. Elles se retirent à Grenoble en 1620. En 1623, elles rejoignent Rumilly.
Il y a alors deux monastères. Celui de Rumilly est gouverné par Louise de Ballon et celui de Grenoble par Claude de Buissonrond. Les deux communautés sont placées sous la juridiction de l’évêque en 1628. Les Constitutions sont approuvées en 1634[1].
Les fondations se succèdent rapidement à Saint-Jean-de-Maurienne en 1626, à La Roche-sur-Foron en 1626, à Saint-Maurice-Monthey-Colombey en 1627, à Seyssel en Bresse en 1627, à Vienne en 1630, à Lyon en 1631 et à Antibes en 1632. Louise de Ballon fonde elle-même une dizaine de maisons. Le réseau est fixé entre 1622 et 1660. La première décennie voit l’enracinement en Savoie, la seconde le succès de la congrégation en Provence. Après 1650, les fondations sont plus sporadiques. Outre la maison de Paris, la congrégation se développe dans l’aire rhône-alpine, en Franche-Comté et en Provence. La nouvelle congrégation est reconnue par le pape dès 1628.
Louise de Ballon a un esprit plus salésien que Louise de Ponsonas qui reste dans une optique cistercienne. Les tenantes de Louise de Ponsonas sont pour les austérités physiques et morales extrêmes. Les partisanes de Louise de Ballon veulent un régime plus modéré mais avec une clôture très stricte. Une compagne de la première heure, Bernarde de Vignod, sombre dans la folie à force d’austérité. De nombreuses religieuses tombent malades en voulant l’imiter. Finalement le régime modéré l’emporte. L’ascèse n’est pas supprimée mais réglementée. L’insistance est mise sur la mortification intérieure. Louise de Ballon place la réforme sous le signe de la Passion du Christ souffrant.
La brouille entre les deux fondatrices s’accentue dans les années 1630. En 1634, Louise de Ponsonas se rend à Paris pour une fondation et fait réimprimer des constitutions modifiées. En 1636, Louise de Ballon dirige la réimpression des Constitutions pour les Religieuses Bernardines Réformées de la congrégation de la Divine Providence à Aix avec le seul accord de l’évêque de Genève-Annecy. Elle souhaite que le couvent de Rumilly ait la préséance dans la nouvelle congrégation, comme c’est le cas pour les visitandines et le monastère d’Annecy. En 1637, il y a une nouvelle réimpression à Paris. Louise de Ponsonas préfère le titre de « Bernardines de Saint-Bernard » et accuse Louise de Ballon de s’ériger en supérieure générale. En 1639, la fondation d’Aix voit l’affrontement des deux mères fondatrices. Ce sont finalement les Constitutions de 1631 qui s’imposent, Louise de Ballon s’inclinant. En 1648, les Constitutions sont augmentées d’un Coutumier et d’un Directoire. La Congrégation s’appelle « de saint Bernard ». L’idée de l’autorité centrale disparait, chaque maison restant indépendante. Louise de Ponsonas meurt à Aix-en-Provence le 7 février 1657 en odeur de sainteté.Rappelée en Savoie, Louise de Ballon assure plusieurs supériorats puis se retire au couvent de Seyssel où elle décède le 14 décembre 1668[2].
[1]- Sur la congrégation des bernardines de Saint-Bernard et les deux fondatrices : Alain GUERRIER, « De la réforme cistercienne à la congrégation moderne : le cas des bernardines au XVIIème siècle », dans Naissance et fonctionnement des réseaux monastiques et canoniaux, Actes du Premier Colloque international du CERCOM, Saint-Etienne, 16-18 septembre 1985, Saint-Etienne, Publications Université Jean Monnet, 1991, (CERCOR, Travaux et Recherche).
Alain GUERRIER, « Théorie et pratique de l’autorité chez les Bernardines Réformées (XVIIème-XVIIIèmesiècles) », dans Les religieuses dans le cloître et dans le monde, des origines à nos jours, Actes du IIème colloque international du CERCOR (Poitiers, 29 sept-2 oct 1988), Saint-Etienne, Publications de l’Université de Saint-Etienne, 1994 (CERCOR-Travaux et recherches).
[2]- Sur Louise de Ballon : Alain GUERRIER, « Louise de Ballon (1591-1668) »,dans Liens cisterciens, Association pour le Rayonnement de la Culture Cistercienne,n°1, 2001 et Liens cisterciens, n°2, 2002.
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